Le saunier vit en contact
étroit avec ses collaborateurs que sont le vent et le soleil, l’eau et la
terre. Il connaît chaque recoin, chaque centimètre carré de son marais. Il sait
comment il (son outil) réagi en fonction de la force et de la direction du
vent. Il règle ses niveaux pour optimiser l’évaporation en se basant sur sa
raison et ses sensations. Mais avoir
pour collègue le vent, l’océan, le soleil n’est pas toujours facile. Pour le
travail c’est toujours le marais qui décide. Lorsque à Noirmoutier les vents de
Nord-est soufflent, on les appelle vents de galerne. Ces vents secs accélèrent
le marais, pas de pitié pour le travailleur ! Le rythme est donné, il faut
le suivre, vent
souhaité et redouté. On
dit que le vent qui souffle durant la messe le jour des rameaux sera le
vent dominant
de l’été. Lorsque toutes les conditions sont
réunies : du vent ; mais
pas trop, du soleil, et une bonne salinité, l’après
midi sur la surface de
l’eau dans les œillets, la fleur de sel naît. A
Noirmoutier on l’appel le
« vielle ». Fine et parfumée elle demande
beaucoup de soin et
d’attention pour sa récolte. Egouttée et
séchée au soleil, elle est « Le
Sel »
car sont étrange simplicité va décupler les
arômes de tout ce qu’elle touche.
Le sel et la fleur de sel de Noirmoutier sont des trésors de
bienfait. Leur
faible taux de chlorure de sodium et leur richesse en micros
aliments :
magnésium, potassium, et même or en font un
sel pas comme les autres.
Les fonds sont en
argile grise imperméable malléable et réfractaire. Tout le travail du saunier
consiste donc à créer l’accord entre vent et eau, entre soleil et terre.
A faire circuler de l’eau de l’océan sur
les surfaces les plus importantes, avec la profondeur la moins grande (pour que
l’eau chauffe rapidement). Le vent va
balayer la surface, le soleil va chauffer la terre et l’eau, la terre va garder
cette chaleur pour la distribuer, même
la nuit.
Tous les ans à la
fin de l’hiver on vide les marais, on met à l’écourt. Des sédiments se sont
déposés de un à trois centimètres selon les années et le marais. Le saunier va
donc enlever cette pellicule de vase, il nettoie toutes les surfaces pour ne
laisser que les fonds d’argile bleuté. Il nettoie également toutes la
végétation qui a poussé sur les berges, retaille et refaçonne ses chemins ou
« vettes», les rebâtit si il y
a besoin. Il fait tout cela sans aucune mécanisation :
au rouable (sorte de raclette en bois), à la bogue, à la pelle, éventuellement
avec une moto pompe. Il finira ce nettoyage de printemps lorsque la salinité
sera suffisante, proche de la saturation, les œillets en dernier lorsque le sel apparaît, affin d’avoir les
fonds d’argile les plus propres possibles.
Faire du sel c’est sécher
de l’eau de l’océan pour récolter sa substantifique essence.
Prendre une bassine pleine d’eau, la mettre au soleil et attendre. Dans un litre d’eau de mer, il y a environ 30 grammes de sel. Si je simplifie mes calculs en prenant comme base 33 grammes de sel par litre, pour obtenir un kilo de sel, il me faut 30 fois plus d’eau soit 30 litres, tout le monde suit, je continue. Je mets donc 30 litres d’eau de mer dans ma bassine et j’attends. Plus ma bassine sera profonde et étroite, plus j’ai des chances d’attendre longtemps, car ce qui va permettre l’évaporation, c’est la chaleur certes, qui agite les molécules d’eau et les transforme en vapeur, mais c’est aussi et peut être surtout le vent, qui en soufflant sur la surface, va emporter les molécules agitées. Le mieux c’est donc d’avoir le meilleur rapport profondeur/surface. Si j’étale mes trente litres sur une épaisseur d’un centimètre, il me faut une surface de trois mètres carré. Si je veux une récolte de sel de plusieurs tonnes, il va me falloir un bassin très grand exposé au soleil et au vent : les marais salants.
